Le cri d’un directeur.

 

 

            Les récents travaux sur la convention collective des chefs d’établissements du premier degré puis les négociations autour de l’emploi m’ont conduit à rencontrer tant des enseignants que des enseignants directeurs ou des directeurs. Petit à petit, une certitude s’est dégagée de mon esprit : ce que je perçois de ma fonction de directeur doit se crier et moi aussi j’ai à progresser.

 

            Nous avons tous en tête des exemples où des enseignants cherchent une mutation car ils ne sont plus désirés dans leur établissement. Des erreurs ne leur sont pas pardonnées ou des incompatibilités de caractère leur sont reprochées. L’un ne sait pas tenir sa classe, l’autre est trop « dur », manque de psychologie avec les parents et les enfants. Il est alors plus facile de chercher à faire partir le gêneur, celui qui  ternit la réputation de l’établissement. Pourtant, dans l’équipe, n’est-il pas possible d’encadrer cet enseignant en difficulté? Ne peut-on l’aider en équilibrant au mieux sa classe? Le rôle de tous, avec cet enseignant consiste à mettre en valeur ses potentiels. Le directeur est à la tête d’un ensemble qui ne l’a pas nécessairement choisi, mais il doit « faire » avec chacun de ses membres. Chacun a un rôle à jouer et dispose de capacités personnelles dont toute l’équipe a besoin. Notre force de travail n’est pas égale, notre analyse des situations non plus...

 

            Alors je me tourne vers mes collègues directeurs et je crie : cessons de nous « débarrasser » de ceux qui ne correspondent pas tout à fait à ce que nous voudrions qu’ils soient. Ce sont des enseignants comme nous, des humains qui ont fait le choix d’être des éducateurs. Ce n’est pas en les chassant d’un groupe pour les faire entrer dans un autre que nous ferons progresser nos écoles. Cessons également de faire porter à d’autres des « casseroles » qui tintent à chaque pas. Travaillons à faire en sorte que le choix d’aujourd’hui soit un guide réel sur lequel on peut s’appuyer sans détruire. J’en ai rencontré, de ces instituteurs meurtris au plus profond d’eux mêmes et blessés dans leurs démarches! Ils existent et me rappellent dans chaque décision que je suis amené à prendre que l’oeil de la sincérité me regarde au plus profond de ma conscience. L’école que je dirige s’est construite autour d’une équipe constituée de cinq anciens directeurs, de trois rejetés du même secteur et d’autres... dont je suis. Comme dans chaque groupe qui se côtoie, les étincelles et les frictions font partie du quotidien : nous ne sommes pas un camp de vacances et les idées ont le devoir de cheminer dans la complémentarité, parfois dans l’opposition d’évidence. Tous nous cherchons cependant la même chose : rendre nos élèves heureux de grandir et d’appendre à devenir des hommes. Ceux là nous regarderont demain avec l’envie de poursuivre le travail commencé. C’est cette force qui nous guide et surtout nous aide à comprendre pourquoi les idées et les actes que nous posons peuvent tant aider à grandir.

 

            Régis Vincent, le 04/02/2003

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